La maîtrise de la synthese
sonore
Outils pour l'élaboration et l'emploi du matériau sonore synthétique
dans la composition musicale contemporaine
Gerhard Eckel
IRCAM
Paris, France
Le point de vue de Gerhard Eckel est essentiellement axé sur les
intentions des compositeurs et sur les outils à élaborer afin
de réaliser ces intentions. La maîtrise de la synthèse
sonore comporte plusieurs aspects liés aux procédures d'analyses,
au contrôle direct de toutes les propriétés du matériau
sonore, au signal, au modèle et à la représentation.
Mais à quoi sert la synthèse? Le descriptif annoncé
tend moins à spéculer sur les applications techniques que
sur la relation qui doit s'établir entre langage formel et langage
de synthèse.
Ce qui est ouvert par l'élaboration synthétique de signaux
acoustiques ainsi que par les transformations techniques auxquelles on soumet
un signal - ce que nous appelons ci-dessous synthèse sonore - n'a
cessé d'influencer la pensée musicale du XXe siècle.
Bien avant qu'on ne dispose des moyens technologiques d'une synthèse
sonore, les compositeurs ont souhaité pouvoir utiliser des outils
libérés des limitations de l'outillage mécanico-acoustique
traditionnel. Depuis le milieu du siècle, quand on a pu examiner
les premières expérimentations musicales de matériau
sonore synthétique, les progrès accomplis dans le domaine
de la synthèse sonore ont accompagné de près le développement
des conceptions musicales et ils se sont mutuellement fécondés.
La possibilité de construire le matériau sonore même
a entraîné des changements considérables dans tous les
domaines de la pensée musicale. Même dans des compositions
où le matériau sonore synthétique n'est pas directement
mis en oeuvre, on ressent l'effet des bouleversements que les techniques
de synthèse ont apportés dans la "Klangvorstellung".
Nombre de procédures découvertes en studio électronique
ont été transférées pour la composition sur
instruments traditionnels; elles ont ainsi connu un développement
plus poussé.
La mise en oeuvre directe de matériau sonore synthétique se
montre néanmoins, aujourd'hui encore, beaucoup plus délicate
que l'assimilation dans d'autres domaines des idées suscitées
par la synthèse sonore. Bien que celle-ci soit largement plus accessible,
grâce au développement technologique accéléré
de ces dernières années, son utilisation rencontre souvent
des obstacles considérables, qui remettent constamment en cause l'économie
technico-artistique de la composition musicale. Mis à part quelques
exceptions notables, les applications concrètes de la synthèse
sonore demeurent bien en retrait par rapport à leurs intentions artistiques,
souvent trop ambitieuses. Bien qu'il ne subsiste guère de doute en
théorie quant aux potentialités musicales de la synthèse
sonore, on n'est pas encore parvenu à un matériau sonore synthétique
suffisamment souple pour répondre aux exigences de la composition,
c'est-à-dire de sa mise en oeuvre dans un contexte de langage musical.
L'objet du présent texte est d'analyser plus précisément
cet état, ainsi que d'émettre des idées pouvant aider
à surmonter les difficultés évoquées. En outre,
l'examen des conditions de construction et d'utilisation de matériau
sonore par des moyens techniques devrait permettre de déterminer
quelles sont les propriétés requises des outils nécessaires
à cette fin. La présentation des aspects de la problématique
de la synthèse sonore, que nous considérons comme essentiels
dans ce contexte, relève d'une perspective où la démarche
du compositeur est appréhendée comme un processus de modélisation.
La synthèse sonore, pourquoi?
Il convient d'abord d'évoquer les raisons qui conduisent à
introduire du matériau sonore synthétique dans la composition
musicale. L'extension constante du champ impliqué dans la composition,
dont témoigne le développement de la pensée musicale
au cours des deux derniers siècles, a englobé jusqu'à
l'organisation du matériau sonore. Le projet d'une structuration
totale de la musique, qui fut celui de l'école sérielle dans
les années 50, a porté ce développement à un
point qui marque en même temps la première intervention de
matériau sonore synthétique dans la composition musicale.
L'évolution ultérieure de la synthèse sonore a ouvert
à la composition des chemins inscrits dans le nouveau médium,
qui ne traduisent pas simplement l'effort pour vaincre les contraintes des
instruments traditionnels. Les techniques de synthèse sonore, ainsi
que l'investigation scientifique des mécanismes de la perception
et de la cognition auditives ont donné naissance à une capacité
imaginative nouvelle, renouvelant ainsi la conception musicale du son.
Un aspect de la synthèse sonore, essentiel pour la composition, est
l'occasion d'un contrôle direct de toutes les propriétés
du matériau sonore. Ce que la musique sérielle nomme paramètres
- et qu'on pourrait appeler les «tendances perceptives» du matériau
sonore (les virtualités de développement que comporte sa constitution)
- peut être exploité dans la composition musicale grâce
à la synthèse sonore. Mais la réalisation de ces dernières
se heurte à une série d'obstacles. Le point central est ici
la difficulté de construire un modèle sonore reposant sur
un son imaginé, modèle susceptible de servir à la synthèse
d'un signal acoustique dont la perception peut provoquer une image sonore
proche du son projeté. Un tel modèle sonore doit en outre
satisfaire, quant au langage musical, aux exigences qui résultent,
pour la composition, de l'utilisation envisagée du matériau
sonore réalisable à partir du modèle. Il s'agit surtout
ici des évolutions et transformations propres au modèle sonore,
qui constituent la souplesse indispensable du matériau sonore. La
forme que retient le modèle pour la description des propriétés
du matériau est en outre d'autant plus importante que le niveau de
représentation formelle, distinct de celui de la représentation
imaginative, est, lui aussi, une source potentielle d'invention musicale.
Un modèle sonore sert par conséquent aussi bien à la
représentation formelle du matériau sonore qu'à sa
production. Cette représentation conditionne la manipulation du matériau
sonore dans la composition, car elle seule permet d'en exploiter les différents
aspects et de les soumettre aux procédures de la composition.
Image et modèle
Pour construire un modèle sonore à partir d'une représentation
du son, il faut un médium adéquat. Un tel médium -
que nous appellerons système de synthèse - se compose d'un
ensemble de programmes et d'interfaces sur lequel reposent la formulation
et la manipulation des modèles sonores et qui permet la production
de matériau sonore grâce à la simulation numérique.
En outre, le système de synthèse propose un certain nombre
de modèles de base - appelés aussi méthodes de synthèse
- que l'on peut combiner en un modèle sonore concret par le truchement
des procédures de combinaison et des mécanismes d'abstraction.
Les modèles de base représentent les catégories de
signaux acoustiques dont on peut contrôler les manifestations concrètes
par des paramètres types. L'effet de ces paramètres types
sur les propriétés physiques et perceptives du signal acoustique
synthétique dépend de la sorte des modèles retenus.
Il faut ici distinguer deux types fondamentaux de modèles : les modèles
physiques et les modèles abstraits, ou encore analytiques. Les modèles
physiques décrivent un signal acoustique comme résultant de
l'interaction de structures mécanico-acoustiques, tandis que les
modèles abstraits représentent directement les signaux acoustiques
par des formalismes mathématiques. Par modèles analytiques,
on entend des modèles abstraits dont la structure s'inspire de procédures
analytiques. On mentionnera par exemple la synthèse additive, qui
repose sur l'inversion de l'analyse de Fourier, pour qui un signal peut
être représenté comme une somme de composants sinusoïdaux.
Les paramètres types des modèles physiques déterminent
les propriétés des structures mécanico-acoustiques
et la nature de l'interaction de ces dernières, ils n'ont de ce fait
qu'un effet indirect sur les propriétés physiques et perceptives
du signal synthétisé. Lorsqu'il s'agit de modèles abstraits
ou de modèles analytiques, certaines propriétés du
signal peuvent être inscrites directement sur le paramètre
type. Outre les deux catégories de modèles que nous venons
d'opposer, il en existe également d'autres, mixtes.
Pour modéliser une représentation sonore, la première
étape consiste à analyser le son représenté.
Cette analyse a pour horizon les modèles de base disponibles pour
la modélisation, ainsi que leurs combinaisons. Son objectif est de
décomposer le son visé en différents aspects, descriptibles
à l'aide des paramètres types d'un ou de plusieurs modèles
de base. Une telle décomposition demande une connaissance précise
des propriétés des modèles de base, ainsi que des mécanismes
de la perception et de la cognition auditives. Compétence indispensable
pour se représenter la façon dont serait perçu un signal
produit en fonction d'un certain modèle sonore et par application
d'un certain nombre de paramètres. La transcription du son visé
sur un modèle comportant certains paramètres résulte
d'une démarche empirique, par une comparaison répétée
entre l'image sonore visée et l'image des sons que l'on peut obtenir
à l'aide des modèles disponibles. Au cas où la transcription
n'est pas réalisable directement, il faut alors avoir recours à
des modèles de base pour construire un modèle dont la conversion
en paramètres est plus appropriée à la transcription.
Pour la construction de ce nouveau modèle, le système de synthèse
propose des procédures de combinaison pour les paramètres
types et pour les autres variables du modèle. Dans la plupart des
cas, la mise au point d'un modèle spécialisé est indispensable,
et il faut la considérer comme faisant partie du travail normal de
composition musicale.Cependant, c'est le modèle qui détermine
les propriétés du matériau sonore élaboré.
Cette conception de la synthèse sonore, qui place au centre de toute
réflexion le problème de la modélisation des représentations,
n'est pas la seule façon d'aborder le problème. Cependant,
s'il s'agit d'élaborer le matériel sonore pour le faire entrer
concrètement dans une composition musicale, cette solution semble
être la seule adéquate. Le processus de modélisation
peut paraître dépendre seulement de la représentation
et ne viser qu'à la construction d'un modèle. Néanmoins,
cette dernière, qui se présente normalement comme un processus
itératif, agit en retour sur la représentation d'origine.
Les expériences vécues lorsqu'on s'efforce d'analyser et de
modéliser une représentation exercent un effet stimulant sur
celle-ci, du fait qu'elles lui offrent un fondement neuf. C'est pourquoi
l'invention de matériau sonore synthétique peut également
être l'effet des méthodes de synthèse et est ainsi caractérisée
par une approche relativement expérimentale des possibilités
de la synthèse sonore. Toute application concrète de cette
dernière se situe entre ces deux extrêmes.
Modèle et composition
Nous avons jusqu'ici séparé le modèle sonore et son
utilisation. C'est pourquoi nous n'avons pas insisté sur la forme
que prend la description du son dans la constitution du modèle, et
mis l'accent plutôt sur le processus de modélisation même.
La forme précise de la modélisation ne prend de l'importance
que si le modèle trouve son application dans un contexte musical.
La structure d'un modèle sonore utilisable est au moins autant marquée
par les modalités de son intervention concrète que par l'image
sonore sous-jacente au modèle. De façon générale,
la mise en oeuvre du matériau sonore a été prise en
considération dès sa conception. C'est pourquoi la modélisation
de l'image sonore se fait toujours en tenant compte de l'utilisation musicale
concrète du matériau sonore réalisable avec le modèle
sonore.
En général, un modèle sonore ne décrit pas un
son unique mais une catégorie de sons, et les manifestions des diverses
incarnations de cette catégorie de sons - nommées objets sonores
- dépendent des paramètres des types de base. L'espace multidimensionnel
circonscrit par les combinaisons possibles des valeurs des paramètres
représente ici le potentiel de développement encore non structuré
du modèle sonore et, par suite, du matériau sonore. Permettre
la mise en oeuvre de ce potentiel dans la composition, voilà encore
une capacité importante que l'on attend d'un modèle sonore.
Très souvent, il faut une mise en ordre du matériau sonore
selon le degré de manifestation de ses différents attributs
perceptifs ou de ses diverses qualités abstraites, dans la perspective
de la composition. L'organisation des divers attributs sonores du matériau
dans la composition se rapporte toujours à l'articulation d'une forme
sonore dans le discours musical. Cette articulation exige la plus grande
souplesse du matériau. Souplesse qui découle essentiellement
du fait de contrôler les divers attributs sonores indépendamment
les uns des autres.
Le problème de la modélisation des attributs sonores est celui
de la transcription des attributs en paramètres. L'idéal serait
que chaque attribut sonore puisse être gouverné selon un paramètre
type et à l'aide d'une métrique adéquate. La réalisation
d'une conversion en paramètres du modèle, adaptée à
l'utilisation du matériau dans la composition, peut exiger l'intervention
d'un système compliqué de fonctions, système qui transcrit
le paramètre de contrôle souhaité sur le paramètre
type de la configuration modèle de base. Cette tâche est remplie
à l'aide des dispositifs de combinaison de paramètres que
propose le système de synthèse. Ces dispositifs de liaison
doivent permettre une définition souple du système de fonctions.
Un léger écart, toujours possible, par rapport à l'utilisation
prévue d'un modèle ne devrait entraîner qu'une modification
limitée, et facile à réaliser, de ce dernier et non
pas une restructuration complexe ; c'est à cette condition que se
trouve préservée l'économie technico-artistique dont
il était question.
L'organisation du son par la composition dans le cadre du langage musical
est déterminée par les relations établies entre chacun
des objets sonores. Quelles sont les relations qui peuvent être considérées
comme pertinentes pour la composition? Cela dépend essentiellement
des conventions en matière de langage musical. Celles-ci conditionnent,
dans une large mesure, la décision du compositeur, mais elles sont
également marquées par l'évolution musicale et culturelle,
et sont déterminées par les mécanismes de la perception.
Une autre propriété importante exigée d'un modèle
sonore, c'est de permettre la mise en oeuvre des aspects du matériau
sonore offrant des possibilités de combinaison fructueuses. Les questions
soulevées sont souvent indépendantes des caractéristiques
du matériau sonore synthétique et renvoient aux problèmes
généraux de la composition assistée par ordinateur,
lesquels sortent du cadre des présentes réflexions. On entrevoit
ici la nécessité d'intégrer les outils de synthèse
sonore dans un système général de composition assistée
par ordinateur. Signalons encore que la mise en ordre du matériau
sonore en fonction des attributs sonores, évoquée plus haut,
représente sous cet angle une condition essentielle de l'organisation
des relations musicales entre les objets sonores.
Outils pouvant servir à la construction des modèles
En présentant la construction de modèles sonores à
partir des représentations sonores, on a supposé l'existence
d'un système d'outils pour la construction des modèles - système
de synthèse. Il convient maintenant d'examiner les autres propriétés
importantes que l'on exige d'un système de synthèse, en fonction
des précisions apportées sur les divers aspects de la constitution
de modèles. Les difficultés dans la mise en oeuvre de matériau
sonore synthétique se ramenant surtout à l'absence d'outils
adéquats, il est d'autant plus important de clarifier les exigences
auxquelles ils doivent répondre. Les problèmes d'application
de la synthèse sonore sont souvent dus aussi à une trop faible
compétence, mais l'acquisition de cette dernière dépend
aussi pour beaucoup de l'existence des outils adéquats.
Il y a au coeur de tout système de synthèse un langage formel
- langage de synthèse - qui sert à décrire le modèle
sonore. Un langage de synthèse doit satisfaire aux exigences générales
d'un langage de programmation pour pouvoir être mis en oeuvre à
tous les niveaux de la construction de modèles. Il doit en outre
offrir des formulations et des mécanismes d'abstraction qui permettent
de décrire les composants du modèle et leur mise en relation
de façon efficace et naturelle. L'utilisation cohérente d'un
seul langage formel dans un système de synthèse est d'importance
pour permettre une communication directe et efficace entre les divers outils,
dont le rôle essentiel est de contribuer à la formulation du
modèle sonore. Tous les aspects d'un modèle sonore trouvent
leur description par le truchement du modèle de synthèse.
Le modèle sonore est représenté dans le système
de synthèse sous la forme d'un programme. Ce programme est généralement
établi, géré et utilisé par des outils spécialisés
de programmation, ce qui n'exclut pourtant pas la programmation directe
(telle celle offerte par PostScript). Divers outils de programmation servent
à la description et à la manipulation d'aspects déterminés
du modèle sonore. Mentionnons à titre d'exemple les instruments
servant à mettre en relation les modèles de base - l'établissement
de «patches», par exemple, dans le logiciel Max -, à planifier
les dépendances entre les paramètres types - transcription
des attributs sonores -, à décrire le développement
temporel de paramètres types, ou bien à organiser les relations
entre divers objets sonores au sein d'une situation musicale concrète.
La qualité exigée de tout outil de synthèse est de
se conformer à la nature itérative du processus de construction
du modèle. La transcription du son visé dans un modèle
est obtenue en comparant à plusieurs reprises l'image sonore et les
résultats provisoires que permet d'atteindre un modèle de
travail. Pour s'en rapprocher, les différences entre les résultats
obtenus et ceux recherchés doivent être identifiées.
A cette fin, outre l'écoute analytique, il faut une série
d'outils d'analyse qui permettent de montrer par des représentations
graphiques les trajectoires suivies par le paramètre type et les
aspects du son synthétisé. Il est important de rapporter les
attributs de perception à leurs corrélats physiques. Cela
seul permet d'évaluer la nature et la force de l'influence exercée
par les variations du paramètre type sur les propriétés
du matériau sonore. Cette évaluation commande une modification
intentionnelle du modèle sonore permettant de se rapprocher de l'image
sonore visée. L'écoute du matériau sonore et la lecture
simultanée des représentations graphiques correspondantes
aident à la compréhension et à saisir comment les diverses
variables du modèle sont reliées aux propriétés
du matériau sonore. Il importe que les représentations de
signaux soient éditées. On peut alors modifier directement
des caractères du son visibles dans la présentation (SpecDraw).
On teste directement, de façon visuelle et auditive, les hypothèses
élaborées ad hoc concernant le rapport entre la nature physique
et les propriétés perceptives du son analysé.
En outre, les outils de synthèse devraient permettre des variations
rapides des grandeurs du modèle, ainsi qu'une comparaison dirigée
des variantes. Il faut gérer des versions du modèle et recourir
rapidement à des modèles fournis par les banques de données.
Tout ce qui peut nourrir l'information concernant un processus de modélisation
est digne d'intérêt, car ce dernier comporte fréquemment
des étapes dont le sens ne peut être reconnue que grâce
à des explications complémentaires. La reproductibilité
du processus de modélisation est une condition nécessaire
pour acquérir et pour développer une compétence dans
la construction et l'usage familier des modèles sonores.
Un système de synthèse doit également offrir des outils
d'exploration de développement que comporte un modèle sonore
sur un plan musical. La formulation concrète d'un modèle est
fonction de la nature du matériau sonore à produire, ainsi
que de la mise en oeuvre musicale concrète de ce dernier. La mise
à l'épreuve des propriétés du modèle
dans un contexte musical déterminé suppose des outils de test
permettant une esquisse rapide des situations musicales. C'est sur l'expérience
des tests musicaux que reposent les modifications intentionnelles du modèle,
visant à un développement plus fécond des potentialités
de celui-ci pour la composition. La formulation d'un modèle utilisable
pour un travail concret de composition se distingue en général
fondamentalement d'un modèle qui ne repose que sur une représentation
sonore. La différence consiste dans la flexibilité et l'efficacité
du contrôle des divers attributs du matériau sonore - ce qui
en fait la souplesse.
Partant de l'examen des raisons qui motivent l'utilisation de matériau
sonore synthétique, on a tenté, à partir d'une présentation
des éléments fondamentaux de la construction d'un modèle
sonore, d'énoncer quelques propositions de base pour l'obtention
d'outils utiles à cette tâche de construction. Ce qui milite
en faveur d'une réorientation dans le développement de systèmes
de synthèse, c'est que nombre des outils de synthèse sonore
disponibles sont obsolètes. Quant aux outils les plus modernes (Max,
CLM), ils ne répondent qu'à une part des attentes relatives
à la construction et à l'utilisation de modèles sonores.
La combinaison de différents outils pose souvent des problèmes
de compatibilité. On ne dispose pour le moment d'aucun système
d'outils prenant en charge tous les aspects fondamentaux de la construction
et de l'utilisation de modèles sonores. Compte tenu de la rapidité
des progrès technologiques, l'élaboration d'un tel système
rencontre de moins en moins d'obstacles techniques. Mais cette réalisation
suppose une définition claire des exigences auxquelles doit répondre
chacun des outils, dans la mesure où la problématique globale
de la construction et de l'utilisation du matériau sonore synthétique
est à la base de la composition musicale contemporaine.